vendredi 27 avril 2007

La rencontre

Tout excité de cette rencontre impromptue, je m’exaltai exceptionnellement à l’idée de travailler.
Or, j’avais déjà quelqu’un, le gentilhomme Martin avec qui je devais passé la soirée. Il était un homme également charmant, mignon et touchant. Je ne pouvais laisser passer une telle occasion. Pourtant, je reçus un texto de lui m’indiquant qu’il devait annuler notre belle soirée.
Enervé de cette nouvelle, je le rappelai sur le champ pour obtenir des explications ! Il me répondit que lors de notre dernière rencontre, il n’avait pas été tout à fait honnête avec moi, voulant en rester là. Je pensais être tombé sur la bonne personne. Je m’étais une fois de plus trompé. Assoiffé de renouveau, je me rabattais à l’espoir de la visite de Lior. Une nouvelle angoisse en masqua une autre. Ma journée semblait gâchée, dénudée de sens. Je flinguai constamment le temps qui s’écoulait lentement, presque accablant.
Soudain, j’aperçus un jeune homme souriant timidement :
—Bonjour, je peux sûrement vous renseigner ?
Le sourire resta figé. Enfermé dans le doute et la frustration, je relançai en un éclair :
—Je suis content que tu sois venu.
Son sourire s’agrandissait, ses yeux pétillaient.
—Voici mon prénom, Christophe déclarai-je en lui montrant mon badge accroché à ma chemise. Maintenant, tu sais à qui t’adresser pour acheter un Ipod.
Démuni de tous mes moyens, je continuai mon activité commerciale en lui présentant la nouvelle gamme d’Ipod. Je glissai entre deux phases :
—ça te dit d’aller boire un verre ce soir ?
Il accepta sans hésitation. Je lui confiai un rendez-vous après mon service vers 20h devant le magasin. Tandis que je lui tendais la main pour saluer la sienne, je sentis à ce moment-là un morceau de papier effleuré ma paume. Mon interrogation se conjugua avec un bref aurevoir, le contemplant s’éloigner de moi
A l’abri des regards indiscrets, je dépliai le papier soigneusement torsadé. Son numéro de téléphone était délicatement inscrit. Mon cœur bondit de plaisir, exalté et ému par cette originalité, quasi romantique.
Son regard étincelant avait chassé les nuages noirs de ma tête qui déversaient des pluies d’angoisse et de colère.
Les yeux rivés sur ma montre, mon impatience déclenchait une palpitation croissante. Mon service achevé, je me dépêchai de répondre aux exigences administratives du magasin. Je me précipitai jusqu’au vestiaire pour changer ma tenue, me refaire une petite beauté pour paraître présentable.
En sortant du magasin, je le contactai pour lui indiquer la fin de mon service. Il me répondit qu’il aurait quelques minutes de retard. Je patientai devant son domicile, où chaque seconde qui passait aggravait mon exaltation. Il sortit de son immeuble, vêtu d’un blouson en cuir et d’un jean taille basse plutôt sobre. Une paire de baisers s’échangea.
Cet homme me paraissait inaccessible, tant par son charme que par la beauté qu’il dégageait. Un sourire, toujours le même, celui du charme et du raffinement s’offrait à moi, encore une fois.
Nous échangeâmes quelques mots, saisis à moitié, subjugué par ce regard et ce sourire étincelants. Nous arrivâmes dans le Marais. Au détour d’une rue très fréquentée, nous nous installâmes à la Panfoulia.
Contrairement à mes habitudes, je pris la discussion sur la défensive. Je semblais gêné, incapable d’être à la hauteur. Je lui racontai certaines de mes relations pour lui dire ce que j’attendais d’un garçon. Les nouvelles résolutions d’une relation stable, durable et sincère étaient mon seul objectif.
Persuadé d’être en face d’un garçon inaccessible, je restais humble, modeste, sincère et introverti. David avait 21 ans. Il me confia les déroutes d’un jeune adolescent lâché dans la jungle du milieu gay parisien.
Il avait pris beaucoup de distance avec le milieu parisien, d’autant plus qu’il avait vécu une longue histoire d’amour avec un homme bien plus âgé pour lui. La rupture a été dur ; les cicatrices encore fraîches.
David me regardait fixement comme s’il se remémorait d’un soudain oubli.
—je suis désolé, mais je ne peux pas rester longtemps. Je dois aller boire un verre avec des amies.
Mon visage se crispa.
—Ok, tu dois y aller à quel heure ?
—J’ai rendez-vous à 21h30.
Je regardai ma montre, elle indiquait 21h passée. Nous venions juste d’arriver, même pas servis.
Pour ne pas l’offenser, ni le perturber, je lui rappelai qu’il allait être en retard et que notre rencontre imprévue était mal tombée.
—Non, ce n’est pas grave, elles sont en retard également. Elles viennent de m’envoyer un texto pour me prévenir.
Mon visage se détendit légèrement.
—Tu veux venir avec moi ?
—Pardon ?
—Je vais boire un verre avec des bonnes copines, tu peux te joindre à nous si tu le souhaites.
—Non, c’est gentil merci. Je ne les connais pas. Et puis, je ne veux pas m’incruster.
Ce n’était pas mon genre de décliner une telle proposition. Cependant, David n’était pas un garçon comme les autres. Pendant toute notre conversation, les sujets relataient de nos vies respectives, des choses que l’on aimait, de l’avenir que l’on se préparait chacun. C’était une conversation intéressante, emballée par le charme de David. J’étais vraiment sous le charme. Pour parfaire les choses, j’envisageai de prendre le temps nécessaire pour découvrir sa personnalité. Qu’importe qu’il faille écourter cette rencontre et la reporter. L’essentiel était de l’avoir vu.
David insista pour que je vienne. Tout sourire, j’acceptai.
Nous reprîmes notre discussion avec joie et bonne humeur.

Nous étions sur le Boulevard Saint-Germain. David me présenta ses deux amies Magalie et Laure. En ce fabuleux samedi soir, je me sentis honteux avec mes habits ringards. Je ressentis ce complexe ringard lorsqu’ils commencèrent à parler de mode, l’univers de David : les nouvelles lunettes Dior, le sac Dior, etc. Alors que Christophe était dans H&M, Delaveine, et aussi Ralph Lauren ..ouf … j’étais sauvé.
A cet instant, je découvris les barrières entre David et moi : un niveau social nous séparait.
Ce complexe ne m’empêcha pas de discuter, d’échanger et de rigoler. Bien au contraire, nous savons que la différence est enrichissante pour chacun.
Ce jour-là, le serveur était exécrable, limite intolérable. L’heure se faisait tardive et ma coloc, Lisa, m’appela pour me proposer de la rejoindre dans bar de St-Michel.
—Je sais pas. Demain, j’ai beaucoup de choses à faire. Je dois aller au sport le matin. Ensuite, je dois aller au musée et ensuite, je vais au cinéma avec une copine.
—Ah ok. Rien n’empêche d’aller boire un dernier verre.
Nous quittâmes le Pub Saint-Germain. Je réitérai ma proposition. Il hésita longuement. Tout en marchant, j’argumentai mes propos.
—On va juste boire un dernier verre. Ensuite, je te ramène en voiture. Au pire, tu peux venir dormir chez moi. Il n’y a rien de sexuel dans ma proposition, déclarai-je avec force. On peut même faire chambre à part. j’ai assez de place pour cela.
Il ricanait à ma proposition. Il doutait. Son regard ennivrant m’émerveillait.
Nous marchions Laure, David et moi jusqu’au parking à Saint-Sulpice. Je tentais de le convaincre de boire un dernier verre pour achever cette délicieuse soirée. Dans le même temps, il m’invitait à le revoir le lendemain.
—Pourquoi ne viendrais-tu pas chez moi demain matin ? On pourrait faire un footing ensemble.
—Tu habites trop loin. Je dois aller au musée demain mais on peut se voir quand même.
—Je t’appelle à 10h demain matin. Au moins, je saurai si tu sera en train de faire du sport ou non !
Son sourire ne pâtit pas. Dans la voiture de Laure, nous discutions déjà du lendemain. En descendant de la voiture, je m’avançais vers David pour lui faire une bise quand celui-ci détourna sa tête pour effleurer mes lèvres des siennes. Ce baiser inattendu avait gravé son empreinte sur mes lèvres, et … dans mon cœur.
Je croyais au coup de foudre.
Mon regard stupéfait le réjouissait.
Je t’appelle demain matin lorsque je me réveille.
Je me souviens encore de ce regard, ce sourire qui l’embellissaient, qui m’éblouissaient, mais surtout qui me rassuraient.

Je retrouvai Lisa dans un bar. Fou de joie, mon sourire parlait de lui-même. Sur mon nuage, Lisa tentait de me détrôner et d’éclaircir la réalité.
—Christophe, ne t’emballe pas ! Tu sais très bien qu’à chaque fois, c’est là même chose, dans 2 jours, c’est fini !
De retour chez moi, je reçus un petit sms de David, se réjouissant de cette fabuleuse soirée. « J’ai passé une très bonne soirée. J’attends ton appel demain. Bonne nuit vendeur de Ipod à la tête de bisounours. » Je lui répondis que sa joie étant partagée.
Cette belle journée s’acheva pour laisser place à une inoubliable journée.

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